NOTICES EXTRAITES DE L'EXPOSITION "IMAGES DE CIRE"
Archives Départementales de la Dordogne
19 décembre 1994 - 15 avril 1995

 

Historique et fonctions du sceau

 

Historique.

Un sceau est une galette de cire ou de métal portant l'empreinte d'une matrice, généralement métallique, gravée au nom d'une personne physique ou morale et ornée d'une effigie ou d'un symbole propre à cette personne.
On appelle contre-sceau l'empreinte de petite taille imprimée au revers du sceau afin d'en rendre la falsification plus difficile. Son emploi apparaît au XIe siècle, grande époque de fabrication des faux, et se généralise au XIIIe siècle. On utilise les termes avers et revers, au lieu de sceau et contre-sceau, lorsque l'image du contre-sceau est de la même taille que celle du sceau.

L'emploi du sceau remonte à la plus haute antiquité et a précédé l'apparition de l'écriture. Assyriens, Babyloniens, Hébreux, Egyptiens et Romains l'employèrent.
Son usage se perd chez les particuliers du VIIe au IXe siècle pour rester l'apanage presque exclusif des rois mérovingiens puis carolingiens, fidèles imitateurs des Romains.
Il se répand alors peu à peu dans toutes les couches de la société à partir du Xe siècle. Sa diffusion concerne d'abord l'aristocratie ecclésiastique puis laïque.
Au XIVe siècle, rois, nobles, femmes, villes, artisans, corporations, paysans même, etc., possèdent un sceau.
La substitution du papier au parchemin, le développement du notariat et le renouveau de la signature autographe conduisent, au XVIe siècle, à la disparition progressive du sceau, détrôné par le cachet puis, bientôt, par les timbres. Il subsiste jusqu'à la fin de l'Ancien régime pour les rois et certaines institutions.

De nos jours encore, le Garde des Sceaux fait apposer le grand sceau de l'Etat au bas des constitutions.

 

Les fonctions du sceau.

 

Au cours des âges, le sceau a eu trois fonctions :

- clore ou garantir le secret d'un acte ou d'un objet.
- affirmer la propriété de celui qui l'appose.
- mais, principalement, valider et authentifier les actes qu'il scelle.

Garant de la parole donnée, il rappelle, en temps utile, l'engagement pris. Au-delà de ce souci juridique, le sceau affirme l'identité de son possesseur et devient un élément clef des relations sociales. Plus qu'un témoin, il devient le représentant de son détenteur.

Dans ce sens, la "représentation" que chacun veut donner de lui-même s'affirme souvent au travers d'une symbolique forte.

La question de la signature

Signature.
Depuis les derniers temps de l'Empire romain jusqu'au IXe siècle environ, les actes étaient essentiellement validés par la transcription autographe des nom, titre et qualité de celui qui la traçait, ainsi que par l'empreinte de son cachet. Les personnes qui ne savaient pas écrire dessinaient une croix et faisaient écrire leur souscription par un autre témoin.

Du IXe au XIe siècle, les souscriptions persistent, accompagnées de seing-manuels qui peuvent consister en croix, monogrammes, paraphes, ruches ou autres figures compliquées.
Après le XIe siècle, les souscriptions, dans les formes précédentes, deviennent moins fréquentes, en même temps que l'usage des sceaux, jusqu'alors très restreint, se répand peu à peu au cours du XIIe siècle pour se généraliser au XIIIe siècle.
Le seing-manuel ne se perpétue, en France, que dans la pratique des notaires qui en conservaient et développaient la tradition. Il connaît son apogée au XIVe et XVe siècle.

Dès le milieu du XIIIe siècle, certains notaires adoptèrent, à côté de leur seing-manuel, ou grand seing, un seing plus simple composé d'une partie des lettres du nom suivie de quelques traits de plumes formant paraphe (petit seing ou seing du nom). Ce seing là est une véritable signature. Il se substitue peu à peu au grand seing. A la fin du XVe siècle, le nom prend la place principale. Le plus ancien seing-manuel périgourdin connu est celui d'Hélie Faure, clerc de la ville du Puy-Saint-Front, en 1260.
La signature se généralise au XIVe siècle. A partir du XVe siècle, elle fit tomber en désuétude le sceau, sauf dans les chancelleries et les juridictions.
Le roi Jean Le Bon introduit l'usage de signer lui-même de son nom. Depuis Charles V les lettres closes sont contresignées par un secrétaire du roi (qui signent "de par le Roi"). A partir de François 1er la signature autographe du roi devient indispensable.
Une série d'ordonnances du XVIe siècle rendit la signature obligatoire. L'ordonnance de Fontainebleau de mars 1554 prescrit aux parties de signer ou faire signer contrats et actes privés.
C'est le triomphe de ce mode simple de validation et l'éviction du sceau.

 

 

Sceau appendu et sceau plaqué.

Le sceau plaqué, directement apposé sur le parchemin, était le mode de suspension couramment utilisé du VIe au XIe siècle.
Le sceau suspendu se répand à partir du XIe siècle. Il peut être appendu sur une simple languette de parchemin découpée à la base du document ou, pour plus de solennité, sur une double queue de parchemin, passée dans le document, dont les extrémités sont prises dans la cire.
Languettes et cordelettes sont froissées à l'intérieur du sceau pour qu'on ne puisse les retirer sans détruire la cire.
A compter du XIVe siècle les sceaux ou signets de particulier sont de nouveau plaqués sur le papier, qui a fait son apparition. On imprime la matrice sur du papier appliqué sur la cire. Ces sceaux de papier, souvent méconnaissables, sont, en quelque sorte, les ancêtres du timbre sec. Ce modèle se propage dans la seconde moitié du XVe siècle.


 

Chronologie de l'apparition des sceaux en Périgord, jusqu'en 1240.

1101 Raynaud de Thiviers, évêque de Périgueux (connu par une annonce de scellage).

1104 Guillaume d'Auberoche, évêque de Périgueux (connu par une annonce de scellage).

1131 Guillaume de Nanclars, évêque de Périgueux (connu par une annonce de scellage).

1143 Geoffroy de Cauze, évêque de Périgueux (conservé à la Bibliothèque nationale).

1150 Raymond de Mareuil, évêque de Périgueux (connu par un dessin de la Bibliothèque nationale).

1168 Jean d'Asside, évêque de Périgueux .

1169 Pierre Mimet, évêque de Périgueux (connu par une annonce de scellage).

1188 Puy-Saint-Front (connu par une citation).

1195 Adhémar de la Tour, évêque de Périgueux (non conservé).

1199 Hélie V, comte de Périgord (non conservé).

1203 Sénéchaussée de Périgord et de Quercy (connu par une citation).

1204 Puy-Saint-Front, du type de l'aigle.

1204 Hélie V, comte de Périgord.

1214 Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan.

1215 Officialité de Périgueux.

1223 Sarlat.

1224 Hélie Rudel, seigneur de Bergerac.

1226 (vers) Abbayes de Boschaud, Brantôme, Cadouin, Chancelade, Châtres, Peyrouse, Saint-Amand-de- Coly, Saint-Astier, Terrasson.

1230 Renaud II de Pons, seigneur de Bergerac et de Montignac.

1237 Jaubert Flamenc.

1238 Abbaye de Sarlat.

1238 Galhard de Beynac, seigneur de Beynac.

1240 Pierre de Saint-Astier, évêque de Périgueux.

1240 Périgueux (union du Puy-Saint-Front et de la Cité).

1240 Chapitre Saint-Etienne de la Cité de Périgueux.

L'anneau sigillaire en or de Childéric 1er, roi des Francs de 457 à 481, nous a transmis la plus ancienne empreinte connue de sceau royal français. Cet anneau fut volé en 1831 et il ne reste de ce sceau qu'un moulage effectué avant le vol.

 

La fabrication du sceau : matériaux et couleur.


L'argile, la cire, le plomb, l'argent et, très exceptionnellement, l'or, sont les matériaux employés depuis 6000 ans pour les empreintes.

La cire.
La cire d'abeille, matière économique et d'usage commode, a été utilisée pendant environ 2000 ans, jusqu'à l'apparition des résines végétales importées d'Amérique.
La composition des sceaux en cire varie suivant les lieux et les époques.
Les comptes de l'Archevêque de Rouen donnent une idée des proportions : 50 livres de cire mélangées à 2 livres de vert de gris et 16 livres de poix blanche.
Au matériau de base qu'est la cire on ajoutait, dans des proportions variables, diverses substances colorantes ainsi que des produits (poix, résine, craie, cendre, etc.) destinés à lui assurer une meilleure tenue.
Au XVIe-XVIIe siècle, la gomme laque importée permet d'obtenir une cire plus dure : la cire d'Espagne, encore en usage, mais surtout utilisée comme cire à cacheter.

Le plomb.
Le plomb est employé par la chancellerie pontificale et occasionnellement par quelques seigneurs ou ecclésiastiques méridionaux.
La bulle pontificale est un sceau en plomb, authentifiant les documents émanant de la chancellerie pontificale, elle représente, depuis Pascal II (vers 1100), le visage de saint Pierre et de saint Paul, ainsi que le nom du pape.
Elle est suspendue à une cordelette de chanvre.

L'or.
Des sceaux d'or ont été utilisés par certains rois et empereurs.

 

La couleur du sceau.

La coloration apparaît à la fin du XIIe siècle, mais la question de la couleur de la cire n'a, d'une façon générale, que peu d'importance et n'obéit pas à des règles très strictes.
La réelle exception concerne la chancellerie royale : en effet, celle-ci scelle de cire verte, sur lacs de soie rouge et verte, les actes perpétuels, les actes temporaires sont scellés de cire jaune, sur double queue de parchemin. La correspondance administrative ou les simples mandements sont de cire jaune sur simple queue de parchemin.
La règle était telle qu'il arriva qu'une lettre royale fut frappée de nullité, en 1349, parce qu'elle était scellée de cire jaune quand elle aurait dû l'être de cire verte. 

Place et protection du sceau.

Place du sceau.
La place du sceau au bas de la charte est régie par quelques règles de préséance. La place d'honneur peut être soit au centre, soit à gauche.
Si la place privilégiée est au centre, les places suivantes étaient, par ordre hiérarchique décroissant, attribuées alternativement à droite du sceau (à gauche de la charte donc), puis à gauche, en s'éloignant vers les extrémités.
Si la place d'honneur commençait à gauche de la charte, les autres places étaient attribuées en s'éloignant de la première. Le plus humble se trouvait donc vers la droite de la charte, à l'opposé du sceau dominant.

La protection du sceau.
La fragilité du sceau constitue un problème réel, car une charte sans sceau n'est plus validée.
Diverses solutions, dont vous pouvez voir des exemples dans l'exposition, ont été étudiées, dont l'application s'est parfois avérée catastrophique :
- des bourses de parchemin remplies d'étoupe. L'effet obtenu a été le dessèchement et l'émiettement des sceaux qu'elles contenaient;
- des boîtes en fer-blanc;
- des boîtes en bois;
- des vernis;
- la cire des sceaux plaqués étalée en croix afin d'obtenir une meilleur adhérence (au XIVe et XVe siècle);
- un cordon de parchemin ou de paille, torsadé, formant un bourrelet autour du sceau plaqué.

 

Le sceau royal.

Le sceau de majesté.

"Depuis le règne de Henri 1er, le roi de france présente sur son grand sceau l'image archétypale du roi en majesté. Ce personnage est toujours un personnage dans la force de l'âge, vu de face, assis sur un siège spécifique, ayant quelque chose sous les pieds, tenant des objets symboliques dans les mains, portant une couronne sur la tête et vêtu d'un manteau particulier (...). C'est cette structure d'image qui fait le roi (...). Dès le 11e siècle, les rois Capétiens introduisent dans ce grand sceau des éléments emblématiques propres à la monarchie française (...).
Cela se fait d'abord par le choix du trône, qui est un espace sacré. C'est le fameux siège en forme d'X qui, jusqu'à la fin du Moyen âge, plus que la fleur de lis, représentera dans les chancelleries l'insigne premier des Capétiens et des Valois (...).
Le roi de France se distingue aussi par les objets qu'il ne tient jamais, contrairement aux souverains de la Chrétienté : le globe, l'épée, la croix. Dans la main qui ne tient pas le grand sceptre, le roi de France préfère en effet à ces trois objets un deuxième sceptre, plus court, plus spécifique, souvent même réduit à un simple fleuron ou à une fleur de lis (...). A l'épée du roi justicier ou chevalier, on a préféré un symbole de sagesse, de pureté et de fécondité. Le roi est source de vie et de prospérité pour son royaume. La transformation du sceptre court, fleurdelisé, en "main de justice" représente une mutation importante du programme idéologique exprimé par le sceau de majesté (...). Elle apparaît à l'extrême fin du 13e siècle et indique peut-être un passage du thème du roi sage et fécond à celui du roi juste (...). On remarque aussi que l'apparition de cette main de justice se place à un moment où le roi de France étend son emprise administrative sur l'ensemble du royaume, et que cela se fait surtout par la voie du droit. A une nouvelle forme de gouvernement, celui de Philippe le Bel, correspond un nouvel attribut royal, donnant du roi une image renouvelée. Le roi ne produit plus seulement la prospérité et la sagesse; il produit aussi le droit. "

Extraits du Roi des lis. Emblèmes dynastiques et symboles royaux, par Michel PASTOUREAU, in Corpus des sceaux français du Moyen âge. Tome II. Les sceaux des rois et de régence, par Martine DALAS, Paris, Archives nationales, 1991.

Le lys.

"Au début du 11e siècle, la fleur de lys n'a encore aucune relation privilégiée avec la monarchie française. C'est à la fois un symbole de la souveraineté dont l'origine est trés ancienne et qu'utilisent depuis longtemps la plupart des rois d'Occident, et un attribut marial dont l'apparition est plus récente. C'est aussi un motif graphique et artistique que l'on rencontre dans de nombreuses civilisations (...). Ce rôle existe aussi dans la culture biblique, où la fleur de lis se double en outre d'une idée de pureté et de fécondité (...). Tout en conservant sa valeur d'attribut, la fleur de lis se charge ensuite, à l'époque paléochrétienne et pendant le haut Moyen Age, d'une forte signification christologique (...). Ce fut probablement sous l'influence de Suger et de Saint-Bernard que Louis VI puis Louis VII ont élaboré leur mise en scène symbolique et fait un usage privilégié de cette fleur, évoquant à la fois l'autorité royale et la piété mariale (...). Le semé de fleur de lis, emblématique des armes royales revêt aussi une forte dimension symbolique. C'est une structure "étoilée", une image cosmique qui, ici encore, souligne l'origine céleste de ces armoiries et le lien privilégié qui unit le roi du ciel et son représentant sur terre, le roi de France. En outre, dans l'iconographie médiévale, le semé est toujours associé à l'idée de sacré".

Extraits du Roi des lis. Emblèmes dynastiques et symboles royaux, par Michel PASTOUREAU, in Corpus des sceaux français du Moyen âge. Tome II. Les sceaux des rois et de régence, par Martine DALAS, Paris, Archives nationales, 1991.

 

Le sceau équestre.

Le sceau équestre est, à partir du XIe siècle, le type le plus en faveur dans l'aristocratie laïque. Il représente le titulaire à cheval, armé et l'épée haute. Le seigneur, dans la société féodale, doit, en effet, servir son suzerain et protéger son vassal.

A partir du XIVe siècle, les seigneurs de petite et moyenne extraction l'abandonnent pour le sceau aux armes. Il s'agit là d'une réduction du sceau équestre, ramené à ses éléments essentiels : le bouclier armorié et le casque.

Sceaux privés.

Le droit de posséder un sceau personnel n'était pas soumis, comme l'était le sceau public ou de juridiction, à une autorisation.

Mais son usage ne conférait pas une valeur autre que d'obligation personnelle aux actes, qui sont considérés comme des actes sous seing-privés.

Les sceaux des villes.

"L'apparition des sceaux des villes remonte, en France, à l'extrême fin du 12e siècle (Arras en 1175). Apparu d'abord dans l'Empire, il se répand vers la France du nord et l'Italie et se propage en France provençale (...). Aux 12e et 13e siècle, le sceau n'est pas un élément constitutif de la ville médiévale; son emploi ne découle pas des privilèges accordés, mais de l'intégration et de la participation de la localité privilégiée à la vie politique et économique de son temps. C'était souvent le cas, notamment, pour les communes du domaine royal, et le fait, c'est-à-dire l'utilisation possible du sceau par les villes, devient le droit (...). Moins qu'un instrument d'authentification ou de définition, le sceau urbain est le symbole pour la collectivité bourgeoise de sa renaissance comme puissance et son usage relève d'une stratégie politique royale (...)

Extrait de l'introduction au Corpus des sceaux français du Moyen-âge, t.1 : Les sceaux des villes, par Brigitte DEVOS, Paris, Archives nationales, 1980.

L'exemple de Périgueux confirme les données ci-dessus :
"Le bourg du Puy-Saint-Front apparaît au début du 12e siècle. On ignore tout des circonstances qui permirent à ce bourg de s'organiser en seigneurie urbaine, régie par des consuls, selon le mode qui se propage rapidement en France méridionale dès le deuxième tiers du 12e siècle. La seule certitude que nous ayons à cet égard est que, en 1188, la communauté ainsi formée était en possession d'un sceau (...). " Le Puy-Saint-Front cherchait à obtenir, forcément sur ses voisins, des droits de justice et de juridiction. Pour ce faire, ils achètent quelques uns de ces droits au Comte de Périgord et intriguent contre le chapitre Saint-Front qui "à raison de leur seigneurie temporelle possédait sur la paroisse Saint-Front une petite cour de justice civile, dite du cellerier". Les chanoines, inquiets, proposent au roi de France, en 1246, de mettre en pariage cette juridiction.
"Le 16 septembre 1240 marque une grande date, la plus grande date de toute l'histoire de Périgueux. Ce jour-là, d'un commun accord, bourgeois et citadins, chevaliers, nobles ou clercs décidaient solennellement de renoncer à leurs querelles et se pardonnaient leurs torts réciproques. Désormais, la Cité et le Puy-Saint-Front ne feraient qu'une seule et même ville sous le gouvernement d'un maire et de consuls élus du consentement général. Pour faciliter le rapprochement et la fusion des deux centres, une enceinte contine réunirait la Cité et le bourg (...). L'unité politique de Périgueux, la constitution de l'"université" des deux villes s'était réalisée, non sans heurs, grâce à la protection royale, en dehors et contre le gré du chapitre de Saint-Front et du comte de Périgord".

Extrait de Histoire de Périgueux, par Géraud Lavergne, Périgueux, Fontas, 1945.

Les sceaux universitaires.

Les universités françaises se sont souvent formées autour des anciennes écoles qui existaient dans les villes épiscopales. Leur création, et le droit à la possession d'un sceau, ne fut souvent obtenu qu'après de longues batailles avec les pouvoirs ecclésiastiques et civils.
Les premiers centres universitaires (Montpellier, Toulouse, Paris, Orléans) apparaissent dés le début du XIIIe siècle, Cahors au début du XIVe siècle, Poitiers et Bordeaux au début du XVe siècle.
Ces sceaux servaient notamment à la délivrance des diplômes. Apposés, à l'origine, sur des queues de parchemin, il le seront, de façon caractéristique, sur des rubans de soie de couleur, à partir du XVIe siècle. L'emploi de boîtes en fer-blanc est une autre constante, à l'exception de l'Université de Poitiers qui y fut constamment réfractaire.

 

Le grand sceau de la République.

 Si la Révolution a balayé beaucoup des usages de l'Ancien régime, il en est un qu'elle a conservé au travers des diverses Républiques qui lui ont succédé : celui de sceller les actes essentiels et fondateurs.
C'est ainsi que, le 5 janvier 1994, au cours d'une cérémonie empreinte de gravité, Pierre Méhaignerie, garde des Sceaux, a apposé le grand sceau de la République sur les deux lois constitutionnelles du 27 juillet et du 25 novembre 1993, en présence du premier ministre, du président du Conseil constitutionnel (représentant le chef de l'Etat) et du président de l'Assemblée nationale. Ce faisant, il les authentifiait.
De cire jaune et appendu sur ruban de soie tricolore, le sceau de la Vème République reprend, à peu de choses près, celui de la IIème République.
Il fut gravé par Jean-Jacques Barre en 1848. La rupture avec le sceau de la Ière République était beaucoup plus nette puisqu'il n'en conservait guère que deux éléments : le faisceau traversé de la pique, emblème de la force publique, et le gouvernail, symbole du pouvoir. La liberté couronnée de laurier et nimbée de rayons tient la barre du gouvernail orné d'un coq empiétant le globe. Branche de chêne, urne du suffrage universel, gerbe de blé, charrue, lampe, chapiteau etc., l'entourent. Au revers, certains de ces éléments sont repris, accompagnés de trois étoiles irradiantes placées en triangle, symbole de l'égalité.
La IIIème République se contenta de changer la date qui figurait sous le socle de la statue. Un ultime remaniement, datant peut-être de 1878, supprima complètement la date. Le sceau est ainsi utilisable par toutes les Républiques, pour peu qu'elles continuent à s'affirmer "Démocratique une et indivisible".

 

Armoiries, blason, héraldique.

Les armoiries apparaissent en Europe occidentale dans le courant du XIIe siècle et sont une création originale de l'occident médiéval.

Elles trouvent leur origine dans l'évolution de l'équipement militaire entre la fin du XIe siècle et le milieu du XIIe siècle. Disparaissant sous leur équipement protecteur, les chevaliers font peindre sur leur bouclier des figures géométriques, végétales ou animales, visant à les différencier dans les tournois ou sur les champs de bataille.
Les figures sont simples pour être aisément reconnaissables de loin. L'usage s'en fixe rapidement et les armes se transmettent avec les fiefs et les noms. Les armoiries participent, au même titre que les sceaux, les patronymes et autres signes d'identité, à la remise en ordre de la société occidentale.
Leur usage s'étend à la société des non-combattants par l'extension du sceau : nous recensons environ un million d'armoiries médiévales dont les trois quarts sont connues par des sceaux.
Chacun pouvait, en tous temps, en adopter et en porter à sa guise, à l'exclusion de la période de 1808 à 1815, pendant laquelle Napoléon en fit le monopole de la noblesse.

Les armoiries se composent de deux éléments : des figures et des couleurs. Leur agencement obéit à des règles contraignantes : c'est l'art du blason.
L'héraldique s'intéresse, elle, à l'étude de l'identité des armoiries. Le terme est dérivé du mot héraut. Celui-ci, fonctionnaire au service d'un prince ou d'un seigneur, avait pour mission de porter des messages, déclarer les guerres ou annoncer les tournois. Dans ce dernier cas il décrivait pour les spectateurs les participants à l'épreuve et leurs faits d'armes. Ce sont eux qui, à partir du XIVe-XVe siècle, codifient les règles et le dessin des armoiries.

La signification des armoiries :

On peut schématiquement opérer un classement en quatre groupes :

- Les armoiries parlantes : les éléments sont en relation avec le nom de celui qui en fait usage.

- Les armoiries allusives : telles les collines figurant sur le sceau de Domme.

- Les armoiries politiques : les fleurs de lys figurant sur certains sceaux soulignent le lien des possesseurs avec la royauté.

- Les armoiries symboliques : le lion (souvent représenté) figurant la vaillance et la générosité; l'agneau crucifère de l'officialité, etc.