Histoire de la Monnaie occidentale

Naissance

L’usage de la monnaie apparaît vers 650 av.  J.C. à l’ouest de l’Asie Mineure, dans le royaume de Lydie. Sa capitale, Sardes, était située au confluent de l’Hermos, et du Pactole, deux fleuves qui charriaient, comme d’autres dans la région, des pépites d’électrum alliage naturel d’or et d’argent. Crésus (vers 561-546 av. J.C.) aurait été le premier à introduire des monnaies d’or et d’argent purs : les créséides. Les plus anciennes monnaies ont été trouvées lors des fouilles du temple d’Artémis à Ephèse. Son usage se diffuse par l’Ouest. Et dès 450 av. J.C. on retrouve l’usage de la monnaie à Marseille.
On trouve cependant peu de monnaies hors de Grèce (à Carthage ou en Egypte). Rome demeurera longtemps fidèle aux lingots de bronze.
Les premières monnaies portaient une unique empreinte, rapidement les deux cotés furent marqués, mais ceci ne se fit pas simplement. Certains utilisèrent les monnaies incuses (l'empreinte est faite en creux et non en relief) mais la complexité de la réalisation fit abandonner ce système.


Les monnaies grecques

  • La période classique

Avant 350 les monnaies grecques sont essentiellement en argent. Les monnaies d’électrum n’étaient frappées que dans quelques localités d’Asie Mineure. C’est à l’époque de Philippe qu’il y eut assez d’or pour frapper monnaie. Le bronze fut utilisé pour la première fois en Sicile et Grande Grèce à la fin du Ve siècle.
Les monnaies grecques sont larges épaisses et imparfaitement circulaires. Elles sont d’un poids bien supérieur à ce qui se fera plus tard (le tétradrachme pèse alors 17 g). On connaît le nom de certains graveurs.

  • La période hellénistique

Les conquêtes d’Alexandre 336-323 donnent lieu à une extraordinaire extension de l’aire de l’usage de la monnaie. Les mines pouvaient être mieux exploitées la monnaie est alors introduite en Egypte, Perse, Bactriane (Afghanistan), Inde.
Si Alexandre utilise la tête d’Athéna ou d’Héraclès, à partir de Lysimaque (qui fait figurer sur ses pièces le portrait d’Alexandre divinisé) les portraits de souverains deviennent chose courante.
C’est aussi à l’époque hellénistique que la monnaie se répend dans le bassin occidental de la Méditerranée et dans le monde celtique. Les modèles sont les pièces de Philippe de Macédoine. Ces imitations sont coulées au lieu d’être frappées et leurs types sont déformés. L’alliage en est très pauvre (electrum, argent, cuivre, remplacent l’or).


Les monnaies romaines.

  • Les premiers usages
Les romains utilisèrent le bronze comme mesure de valeur. Cette pratique se retrouve dans certains mots utilisés de nos jours et qui ont un rapport avec la monnaie : pound anglaise (livre), dépense, expense, stipend (traitement), dérivent du mot latin pendere signifiant suspendre (à une balance). Estimer vient des mots latin aes (bronze), et grec timè (notion de prix, de valeur).
Les plus anciennes « monnaies » romaines étaient en fait des lingots de bronze, pesant jusqu’à une livre, coulés et non frappés. Ils portaient des motifs simples (tête de divinités, coquillages, roue, chien …) Les romains en indiquaient la valeur grâce à des traits et des globules.
L’histoire de ces pièces est celle d’une longue dévaluation réalisée par des réductions de poids successives. Au dernier stade (91 av. J.C. ) l’as, l’unité monétaire, ne pesant plus que la moitié d’une once (unité de poids valant un douzième de livre) avait la valeur autrefois donnée à une livre entière de métal. L’as porte alors au droit une tête de Janus et au revers une proue de navire. Ces monnaies sont frappées et non plus coulées.
  • Les nouvelles monnaies
Mais l’importance politique de Rome obligeait à ne plus se contenter d’un unique monnayage en bronze. Les premières pièces en argent furent frappées au IIIe siècle sur le modèle des monnaies grecques (didrachme romano-campaniens) ; puis les monnaies appelées quadragiti (en raison du char à quatre chevaux figurant au revers), et enfin peu avant 211 av. J.C. les deniers ayant une valeur de 10 as et les victoriati (à cause de la Victoire au revers). Les deniers étaient des pièces d’argent pesant 4 g. ayant au droit l’effigie de Rome et au revers les Dioscures. Ils portaient une marque de valeur (X). Ce denier servira de modèle à la monnaie romaine pour les siècles suivants. Moins traditionnels que ceux de la monnaie de bronze, ses traits seront plus souvent variés : insertion de marques, remplacent de l’effigie de Rome par une divinité, des Dioscures par d’autres scènes ou personnages. A la différence des graveurs grecs, les romains tentent d’accumuler un excès de détails sur la surface réduite de la pièce.
  • La monnaie instrument de propagande
Alors que sous la République les deniers servaient à la mise en valeur des magistrats, avec l’empire le monnayage est exploité pour le compte de l’empereur et le rôle de propagande du denier fut transféré aux pièces des autres métaux. Il y eut alors un abondant monnayage d’or et une double série de pièces subsidiaires : le sesterce et le dupondius (2 as) d’orichalque (laiton), l’as, le demi as (semis) au le quart d’as (quadrans) en cuivre.
Les monnaies subsidiaires portent les initiales S.C. indiquant qu’elles ont été autorisées par le sénat (Senatus Consulto). Aux thèmes habituels (divinités, empereurs divinisés…) vient s’ajouter, pour la première fois avec Jules César, le portrait d’un personnage en vie, qui sera par la suite exploité de façon continue. Les portraits impériaux réalisés sans flatterie, sont de la plus grande qualité. Les inscriptions viennent souvent renforcer ce rôle de propagande. Les revers de ces monnaies sont d’une extrême variété.
Le système monétaire romain s’effondra à cause de l’inflation de la monnaie d’argent. A partir de 250 le denier disparaît, puis toutes les espèces divisionnaires en laiton. Avec le nouveau système mis en place par Dioclétien et Constantin, les émissions locales et sénatoriales sont supprimées, seul demeure le monnayage impérial. Les monnaies étant fabriquées par des ateliers répartis dans tout l’empire une série de marques d’officine et de marques secrètes en assurait la cohérence et le contrôle. Les figures impériales devinrent conventionnelles et la représentation privilégia la vue de face au profil. Les monnaies d’or subsistèrent mais plus légères. La monnaie de «bronze» fut alliée de petite quantité d’argent et par le fait s’allégea.
Cette réforme dura à peine un siècle. Au début du Ve siècle, la monnaie en argent et les multiples en bronze cessent d’être frappés. Il ne reste que trois monnaies d’or : le solidus de 4,5g, sa moitié (semissis), et son tiers (tremissis) ainsi que la plus petite de toutes les espèces de bronze, le nummus. Après, se sont développés de façon divergente un monnayage des provinces orientales de l’empire et un monnayage des provinces d’occident. En Orient un monnayage de lourdes pièces de cuivre fut introduit ainsi qu’un monnayage d’argent : la rupture avec le monnayage antique n’y fut donc pas totale. Les types monétaires sont en revanche nouveaux et on voit l’introduction progressive des symboles chrétiens.
En Occident le nummus disparut d’abord puis le solidus d’or et, au VIe siècle les royaumes germaniques d’Occident n’avaient plus qu’une seule pièce : le tremissis d’or. C’est cette monnaie qui assura la transition entre Antiquité et Moyen Âge.

 

Le monnayage médiéval 

On le divise en trois grandes périodes

  • Au VIe et VIIe siècles correspond la période dite du « shilling d’or ».

Le tremissis du Bas-Empire pesait, en termes romains, 8 carats soit environ 1,5 g. Le shilling du monde germanique n’était pas une monnaie mais une mesure de poids d’or correspondant à 20 grains d’orge, qui pesait environ 1,3 g. Il dut paraître naturel de réduire le poids du tremissis et de l’ajuster à celui du shilling.

  • Du VIIIe à la fin du XIIe siècle
La monnaie médiévale utilise principalement le monometallisme (n'utilisant qu'un seul métal dans sa composition) d’argent en remplacement de celui d’or. L’unique monnaie utilisée est le denier d’argent (des demis et des quarts de deniers ont pu toutefois lui être ajoutés.) Mais les multiples comme le sou (12 deniers) ou la livre (20 sous) n’ont jamais servi que de monnaies de compte : le paiement se faisant en autant de fois 12 ou 240 deniers. A l’origine petites monnaies mal frappées, les deniers furent agrandis, amincis, et alourdis sous Charlemagne en France et Offa en Angleterre, passant à un poids théorique de 32 grains de Paris (blé) soit 1,7g chez les Francs et de 24 grains d’orge soit 1,6g en Angleterre.

Les deniers de cette époque féodale ont une variété infinie de types : le droit de frappe était largement répandu, par concession ou usurpation, ainsi que le changement de type monétaire comme expédient fiscal. Le denier connut une forte baisse de poids et de titre, essentiellement au XIIe siècle. Certaines monnaies étaient devenues si minces que les frappes d’un côté défiguraient l’autre face : en Allemagne et dans les pays voisins furent introduits des deniers minces, frappés d’un seul coté, que les numismates appellent bactréates (du latin bactrea, feuille).
  • La période du gros et du florin : début XIIIe au milieu XVe siècle.
Les petits deniers affaiblis (ont la quantité de métal précieux était diminuée) devenaient de plus en plus incommodes au moment ou le commerce et l’économie tendent à prendre une place de plus en plus importante. En 1202 les Vénitiens créent, pour payer les nombreux ouvriers employés à l’arsenal, une monnaie d’argent représentant deux sous (24 deniers) en monnaie de compte. Appelés ducat au début, elle se répandit dans tout l’Italie et fut appelée grossi, d’où en français gros (le gros tournois fut créé en 1266), en anglais groat (crée en 1351) et en allemand groschen. Le denier n’ayant pas été abandonné, la chrétienté occidentale connaissait une variété de monnaie proche de celle de l’Antiquité. Les pièces étaient toutefois plus légères.
A partir du XIIIe siècle les monnaies d’or furent à nouveau utilisées.

 

Le monnayage moderne 

De grands changements vont apparaître :

  • les pièces sont plus lourdes,
  • les styles artistiques sont différents
  • une monnaie d’appoint en cuivre est ajoutée
  • les pièces sont fabriquées mécaniquement
  • les billets de banque et le papier monnaie apparaissent

le monnaies plus lourdes furent rendues possibles grâce à l’exploitation de nouvelles mines au Tyrol. Certaines monnaies pesèrent jusqu’à 31 g.
Les effigies conventionnelles des pièces médiévales furent remplacées par d’authentiques portraits motivés par la renaissance de l’individu et le retour à l’étude de l’Antiquité (et notamment des monnaies).
Le recours au cuivre pour les monnaies divisionnaires fut aussi remis en usage. Les monnaies noires, contenant une petite quantité d’argent, de la fin du Moyen Age étaient sujettes à contrefaçon (leur titre n’était pas vérifiable) et les pièces anglaises de petites monnaie en argent pur étaient si menues qu’on les perdait trop facilement et leur frappe était malcommode. On choisit alors de frapper des pièces de cuivre dont la valeur métallique était égale à celles d’argent qu’elles remplaçaient. Dans quelques pays la fabrication de ces pièces de petite monnaie fut confiée à des entreprises privées.
Avec la frappe mécanique apparaissent les flans parfaitement circulaires protégés par une tranche marquée de stries ou de lettres.

L’introduction du papier monnaie avait été préparée par l’usage des lettres de change. Les premiers billets de banque apparaissent en Suède entre 161 et 1664, mais ils restent dans une utilisation locale : le cuivre équivalent à un daler d’argent formait une plaque carrée de 12,5cm de coté et de 3cm d’épaisseur et pesait environ 700 g., les multiples de 50 daler pesaient donc 35 kg. La nécessité d’un moyen plus commode était donc évidente. L’idée du papier monnaie se répandit rapidement mais la possibilité d’émettre des reçus gagés sur des valeurs inexistantes eut de rapides conséquences (en France la dévaluation des assignats eut lieu après que 82 milliards de billets eurent été émis en échange d’une valeur qui ne devait pas en dépasser 5.)

Entre le XVIIe et le XIXe siècle le système monétaire européen domina progressivement le monde. Il n’était pas plus efficace ou attirant mais il était le fait de nations aux succès politiques et militaires indéniables.

Au cours des deux siècles précédents la monnaie en vint à perdre peu à peu sa valeur métallique intrinsèque et les pièces ne sont plus maintenant que « des billets de banque imprimés sur du métal. »

Bibliographie

Grierson Philip, Monnaies et monnayages, introduction à la numismatique, Aubier, Paris, 1976.
Cormier Jean-Philippe, Monnaies médiévales, reflets des pouvoirs, Desclée de Brouwer, 1998.
Tabatoni Pierre, Mémoire des monnaies européennes du denier à l’euro, PUF, 1999.