Les monnaies médiévales

Elles sont en général plus fines que les monnaies antiques. Elles ne sont ni parfaitement rondes, ni parfaitement centrées

La fabrication des monnaies 

- Les flancs.
Après avoir préparé l’alliage, on fabriquait des bandes de métal plusieurs fois chauffées cuites et martelées (battre la chaude) jusqu’à l’obtention de l’épaisseur voulue. Les ouvriers découpaient des carreaux à la cisaille, puis les retaillaient pour obtenir un flanc de poids conforme. Le flanc était alors comparé à un dénéral : poids de cuivre ajusté à celui de la monnaie. On obtenait un flanc le plus circulaire possible en martelant la tranche à petits coups avec un marteau spécial, le réchauffoir.

- Les coins.
Le motif et les lettres de la légende étaient gravés en creux dans l’acier doux. Le fer était ensuite trempé pour le durcir. Les lettres étaient obtenues par des coups de poinçons séparés, aux résultats imprécis, puis, à partir du XIVe siècle elles furent gravées avec un seul poinçon. Le style de gravure évoluait au même rythme que celui des manuscrits. En principe chaque atelier recevait un dessin ou un essai appelé piefort, frappé sur un flanc plus épais, voire sur un coin. Mais le style de fabrication varie tellement que ses écarts permettent d’identifier les ateliers. Le coin supérieur était usé assez rapidement. Un monnayeur pouvait frapper environ 30 000 pièces avant de changer de trousseau. Logiquement les coins étaient détruits après chaque changement de type.

- La frappe :
Le coin inférieur ou pile était placé sur un billot de bois et l’ouvrier tenait en main le coin supérieur ou trousseau.
Lorsque le flanc n’avait pas été marqué suffisamment un second coup était frappé qui donnait à l’empreinte une impression de flou : le tréflage.

 

La valeur de la monnaie

Au Moyen Âge toute monnaie contenait une part de métal précieux qui en faisait sa valeur intrinsèque. La frappe de bronze ou de cuivre avait été abandonnée au VIe siècle. La quantité de métal précieux dépendait donc de la taille, et donc du poids, de la pièce et des proportions de l’alliage.
Le poids de la pièce était donné par la taille au marc : c’est-à-dire le nombre de pièces que l’on pouvait tirer d’une quantité de métal pesant un marc. Cette unité de mesure variait cependant d’une région à l’autre. Mais l’unité la plus fréquemment utilisée était le marc de Paris (ou aussi de Troyes, celui des foires de Champagne) pesant 244,7529 grammes. Une monnaie était donc taillée à X au marc (X tant le nombre de pièces tirées d’un marc) :

-le gros tournois était taillé à 58 au marc soit un poids de 244,7529/58=4,22 g.

-le denier de saint Louis était taillé à 218 au marc soit : 244,7529/218= 1,12g.

Cependant, les monnaies trouvées ont généralement un poids inférieur. Ce peut être dû à l’usure (le frai) ou bien au rognage effectué sur le pourtour pour récupérer quelques morceaux de métal. De plus les monnaies plus ou moins lourdes étaient frappées à l’intérieur d’une marge de tolérance fixée par l’ordonnance (le remède du poids). L’ensemble devait s’équilibrer, le fort portant le faible, lors des contrôles. Mais, malgré les interdictions, dans leur circulation les pièces les plus lourdes étaient retirées rognées ou refondues.

Dans la valeur de la monnaie (le titre) seul comptait le métal précieux. Le titre de l’or s’exprime en carats (k), l’or pur est à 24 k. Sauf exceptions les émissions royales ne sont jamais descendues en dessous de 18k. le titre de l’argent s’exprime en deniers (d), on précise deniers d’aloi ou de loi (le mot denier ayant plusieurs sens : poids, valeur et nom de monnaie). Le denier d’aloi se divise en 24 grains (gr).

C’est la combinaison du poids de la monnaie et de son titre qui donne sa valeur intrinsèque.

Comme pour le poids de la monnaie la teneur en métal précieux dans l’alliage bénéficiait d’une marge de tolérance (le remède de loi). Les maîtres d’ateliers afin de se garantir un bénéfice maximum essayaient d’obtenir un alliage au plus faible de la teneur prévue par la loi et fabriquaient parfois des pièces dont la teneur en métal précieux était insuffisante au risque de se faire sanctionner.

 

Le droit de battre monnaie

Frapper une monnaie est un droit régalien. C’est par ailleurs aussi la garantie de la confiance en la monnaie. Ce n’est que pendant la période mérovingienne que l’on vit des personnes battre monnaie à titre privé. Jusqu’à Philippe Auguste la monnaie capétienne ne sortait guère du strict domaine royal, elle ne se distinguait pas des autres monnaies féodales. Elle s’imposa progressivement.
Les rois se sont de tout temps entourés de conseillers (« maîtres des monnaies ») et d’une administration des monnaies. Les conseillers composaient, avec les clercs des monnaies, la chambre des monnaies. Elle nommait les maîtres d’ateliers, entérinait les résultats des enchères, ainsi que les gardes, elle vérifiait la fabrication. Elle fixait le prix des métaux précieux et surveillait leur commerce.

Les ateliers :

La fabrication des pièces était répartie dans des ateliers dont le nombre pouvait être variable : il croissait en période d’insécurité pour éviter les transports d’espèces, si le pouvoir était fort leur nombre était réduit pour mieux contrôler leur activité. Les ateliers étaient situés aux endroits les plus favorables pour se procurer le métal ( mines, centres commerciaux, frontières).
Chaque atelier était dirigé par un maître dont la charge était soit achetée aux enchères, soit accordée par le roi. Le maître signait un bail dans lequel il s’engageait à frapper une certaine quantité de métal. Il possédait le matériel, payait les ouvriers et achetait le métal. Il conservait les bénéfices de la fabrication (le brassage) après reversement de la part revenant au roi (le seigneuriage). Beaucoup se sont enrichis (certains de manière frauduleuse, en rognant sur le poids et le titre) d’autres ont été ruinés quand la hausse du prix du métal faisait travailler à perte ou condamnait l’atelier au chômage.
Le tailleur, payé par le maître pour fournir les coins (le droit de ferrage), était souvent un orfèvre à qui on faisait prêter serment. Les monnayeurs proprement dits frappaient les pièces au marteau. Les ouvriers, tailleurs, recuiseurs, moins considérés préparaient les flancs. Ils étaient regroupés en corporation : les Serments.
Les privilèges accordés : juridiction particulière, exemption de guet, de service militaire et surtout d’impôt et de péage, expliquent la transmission héréditaire des charges et le maintien dans la corporation malgré les difficultés et le risque de chômage.


Les contrôles 


Les contrôleurs représentaient le roi et veillaient à ses intérêts. Le garde prélevait des échantillons (1 sur 500 à 1 sur 1000 pour l’argent, 1 sur 200 à 500 pour l’or) qu’il mettait en boîte pour un contrôle par la chambre des monnaies, ou qu’il partageait en quatre pour un contrôle immédiat : un quartier était mis en boîte, un pour le garde un pour le maître et un pour l’essayeur.
Si l’essai était positif, le garde donnait délivrance : il autorisait la mise en circulation de la monnaie. Il conservait également les coins qui n’étaient remis au maître qu’à l’occasion de la frappe.
Un contregarde était chargé de vérifier les achats de métal par le maître, et l’essayeur procédait aux essais immédiats des échantillons et donnait ses conclusions au garde.

L’émission :
Quand le roi ou son conseil décidaient d’une émission, une ordonnance était transmise à la chambre des monnaies. Poids, titre, tolérance, types, quantités étaient précisés aux ateliers par un exécutoire. Après réalisation des coins et des flans, la frappe était effectuée (brève), contrôlée, et recevait délivrance.
La mise en circulation d’une monnaie était annoncée par le cri public des agents royaux. De même une monnaie abattue (démonétisée) faisait l’objet d’un décri. Mais les monnaies ne disparaissaient pas instantanément, leur cours était abaissé plusieurs fois pour inciter à leur retour chez le changeur. A la date fixée les monnaies étaient confisquées puis poinçonnées ou cisaillées. Mais des pièces continuaient cependant à circuler (on a ainsi retrouvé des pièces médiévales en usage dans la seconde moitié du XIXème siècle.)

Fausse monnaie :
Les activités frauduleuses autour de la monnaie étaient nombreuses : rognage, fonte et fabrication de mauvaise monnaie, importation de monnaie de mauvais aloi. Certains seigneurs imitèrent les monnaies royales, mais tant que la légende permettait d’identifier l’émetteur ce n’était pas à proprement parler de la fausse monnaie.
Le faux monnayage était considéré comme un crime de lèse-majesté. Les faux monnayeurs furent ainsi durement sanctionnés : on les plongeait dans un chaudron d’huile bouillante.

 

Change et changeurs 

Pour avoir licence d’exercer le changeur devait prêter serment et avoir des « pleiges » (des garants). Dans son échoppe il échangeait des espèces contre d’autres. Ses devoirs, précisés dans une « lettre de change » (cette lettre de change ne doit pas être confondue avec celle qui ordonnait à un correspondant lointain de payer un somme quelconque à un bénéficiaire, lui évitant ainsi de transporter des espèces) délivrée par le maître d’atelier le plus proche, l’engageaient aussi à livrer une certaine quantité de métal provenant de monnaies interdites à la circulation et qu’il récupérait : monnaies insuffisantes en poids ou décriées, monnaies étrangères tolérées sous la pression des marchands. Leur activité ne pouvait s’exercer que dans un certain territoire (baillage).
Le changeur devait connaître les pièces en circulation mais aussi : leur valeur, leur origine selon les différents ateliers, leur cours commercial (qui variait par rapport au cours officiel). Il s’aidait pour cela de registres (les « livres de changeurs ») dans lesquels il trouvait la liste des monnaies en circulation ainsi que leurs caractéristiques (poids, titre, cours). Certains de ces livres ont survécu et sont une source de renseignements pour connaître la circulation monétaire au Moyen Age. Ils permettent aussi de découvrir ou de confirmer l’existence de monnaies disparues.
Le changeur prenait soin de peser les pièces car elles étaient souvent rognées. Il rognait quant à lui les pièces les plus lourdes jusqu’à la limite du remède de poids. Il pouvait reconnaître les fausses monnaies et il était le mieux placé pour soustraire de la circulation les monnaies riches en métal et les faire refondre.

La monnaie étalon

On emploie plutôt l’expression monnaie de compte.
Depuis Charlemagne et jusqu’à la révolution, la monnaie-étalon était la livre (£) qui se divisait en 20 sous, un sou valant 12 deniers. On avait donc 240 deniers (12 deniers x 20 sous) dans une livre. Sous Charlemagne ceci correspondait à la taille de 240 deniers dans une livre d’argent pur qui pesait 403,2 gr. Par la suite le poids et le titre des deniers furent affaiblis, mais on conserva le rapport de 240 deniers dans une livre : la livre fut donc elle aussi affaiblie.
Il existait plusieurs livres, toutes divisées en 240 deniers mais qui ne contenaient pas la même quantité de métal précieux. La livre des premiers capétiens était la livre de Paris ou livre parisis. Philippe Auguste développa l’usage du deniers tournois ou tournois. Le deniers parisis était plus fort d’un quart que le denier tournois (il fallait 5 deniers tournois pour 4 deniers parisis).
Livre parisis et livre tournois furent les deux monnaies royales concurremment à partir du XIIIe siècle.

 

Lire les monnaies

La date

Les monnaies médiévales ne sont pas datées. La première monnaie datée fut émise en 1498 par Anne de Bretagne. Pour les monnaies royales un essai daté de 1532 fut frappé par François 1 er. Mais la présence de la date dans la légende ne fut généralisée qu’à partir de 1549 avec Henri II. Pour les monnaies plus anciennes la légende ou le type peuvent donner des informations approximatives. On peut aussi se fonder sur les textes mais les renseignements ne porteront que sur la date d’ordonnance de l’émission.

Les légendes

Elles sont en général en latin, cependant certains noms de lieux peuvent être en français. On a coutume d’appeler droit le coté où se trouve le nom de l’autorité émettrice, l’autre coté est donc le revers.
Au droit le nom du roi est suivi de son titre (REX), mais jamais de son numéro d’ordre qui n’apparaîtra, comme la date, que sous Henri II. Quand le type de monnaie le permet la titulature peut être développée (FRANCORUM REX, DEI GRATIA FRANCORUM REX).
Au revers c’est l’indication du lieu de l’atelier de frappe qui est la plus fréquente ; le nom de la ville peut être seul ou précisé par CIVIS, CIVITAS, VRBS, CASTRVM, CASTELVM. Il peut aussi arriver que la légende du droit se termine au revers. Pour les deniers royaux, ils porteront presque exclusivement les légendes TVRONIS CIVIS et PARISIS CIVIS, ce qui n’implique cependant pas une frappe à Tours ou à Paris.
Pour les grosses monnaies d’argent et d’or, les légendes sont religieuses. La légende habituelles sur l’argent royal, depuis saint Louis, est BNDICTV SIT NOME DN NRI DEI IHV XPI (Benedictum sit nomen domini nostri dei Ihesu Christi, béni soit le nom de notre Seigneur Dieu Jésus-Christ, ps. CXII, 2.) Les abréviations sont indiquées par des tildes (~). La légende fut simplifiée à partir du règne de Charles VI, et jusqu’à la révolution en SIT NOME(N) D(OMI)NI BENEDICTV(M) (que le nom du seigneur soit béni.)
Les monnaies d’or portent XPC VINCIT, XPC REGNAT, XPC IMPERAT (tiré de l’office des laudes de paques il fut croyait-on le cri de guerre des premiers croisés : Christ vainc, Christ règne, Christ commande). Les agnels portaient quant à eux : AGN(us) DEI QUI TOLL(is) PECCA(ta) MV(n)DI MISE(rere) NOB(is) (Agneau de Dieu qui en lève le péché du monde, prends pitié de nous).
Le début des légendes est en général signalé par une croisette placée en haut, dans l’axe de la pièce (mais on peut aussi trouver lis, trèfle, couronne).

 

Les principaux types 

Les monnaies mérovingiennes furent principalement des imitations des monnaies impériales romaines ou byzantines, copiant des bustes d’empereurs qui ont été de plus en plus déformés. Les Carolingiens commencèrent par des abréviations ou par l’inscription entière de leur noms dans le champ, avant que Charlemagne n’emploie le monogramme carolingien qui eut une grande postérité. Ces monogrammes subsistèrent dans les monnaies féodales.

Les types féodaux :
Le temple, ou baptistère carolingien, et ses variations. Utilisé dès Richard 1 er (943-996) en Normandie il subit quelques déformations. On le retrouve aussi dans le Hainaut, dans les pays frisons et à Saint-Martin de Tours où il dégénéra en châtel tournois. On peut aussi trouver des monogrammes dérivés des monogrammes carolins ou odoniens. Les types triangulaires ou carrés dérivent de la déformation des lettres R E X et O D D O. On peut aussi trouver des têtes de profil schématisés ou stylisées (les têtes chinonaises), et aussi des bustes, fréquents dans les monnayages ecclésiastiques. D’autres monnaies ecclésiastiques peuvent contenir un main bénissant, une clé, le nom de l’évêque…

Les monnaies royales capétiennes :
Elles étaient un vecteur important de la propagande royale. Seul le dessin importait car peu de gens savaient lire. Croix, fleur de lis, couronne, peuvent s’y retrouver. Sur les monnaies d’or on trouve l’effigie du roi qui, comme pour les sceaux, n’est en aucun cas un portrait.

Les différents :
Il s’agit de signes discrets (ajout d’un annelet, d’un point modification de la ponctuation, de la forme d’une lettre indiquant soit l’atelier, soit l’émission soit le maître. Ils sont en général fixé par ordonnance. Un système de points secrets permettait de reconnaître l’atelier d’émission et de contrôler l’activité des ateliers. Les différents signalaient aussi les monnaies affaiblies, mais ils furent parfois volontairement omis.

 

Bibliographie

Grierson Philip, Monnaies et monnayages, introduction à la numismatique, Aubier, Paris, 1976.
Cormier Jean-Philippe, Monnaies médiévales, reflets des pouvoirs, Desclée de Brouwer, 1998.
Tabatoni Pierre, Mémoire des monnaies européennes du denier à l’euro, PUF, 1999.