Le Centre culturel de Terrasson accueille son troisième artiste en résidence: Laurent Tixador, artiste nantais.
Il est invité à mener une réflexion sur l’utopie en rapport avec le territoire de Terrasson à partir du 9 mai jusqu’à l’automne 2005.
Parlez-nous de votre travail artistique, de vos dernières réalisations ?
C’est un travail qui se situe sur une base généralement aventureuse que je mène avec Abraham Poincheval. On se met dans des situations de déplacement ou d’habitat qui ne sont absolument pas adaptées à l’endroit où l’on est. On cherche à créer une relation naturelle avec les lieux ou le trajet qu’on fait. Souvent, elle est en même temps inadaptée à la situation.
On a fait, par exemple, un trajet de Nantes à Caen et de Caen à Metz à pied en ligne droite, à la boussole. Tout ce qui est lié à la cartographie et ce qui fait qu’un pays est ordonné nous était alors étranger. On a dû traverser des autoroutes et des champs à perte de vue pendant presque deux mois. Nous étions alors vraiment dans la situation des explorateurs du siècle dernier qui ne savaient pas du tout ce qui les attendaient derrière l’horizon.
L’année dernière, on a rejoué ce type de déplacement. Cette fois-ci, nous étions en zodiac de Saint-Nazaire jusqu’à Fiac, près de Toulouse. On a ramé pendant une quarantaine de jours car les zodiacs étaient démunis de moteur. On est passé par l’océan, la Gironde, le Canal du Midi, le Tarn et enfin l’Agout sans aucune expérience de la navigation.
Le but c’était de faire quelque chose que l’on n’avait jamais fait, c’est de se jeter dans l’inconnu. L’aventure se construit du fait qu’on est complètement novice. On se met dans ces situations simplement pour découvrir quelque chose de nouveau.
Avec Abraham, on s’était déjà installé une semaine sur l’île du Frioul avec des sacs de couchage et un couteau suisse pour essayer de vivre de ce que l’on trouverait à manger. Ce fut là une expérience préhistorique violente. On a essayé de chasser des goélands en fabriquant un arc.
Mais il n’y avait pas le bois adéquat, j’ai donc fabriqué un propulseur pour chasser les goélands. Mais je n’ai pas réussi car dès que je levais les bras ils s’envolaient.
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Techniquement l’instrument était parfait mais pour un gibier qui n’existait plus. Au terme de notre séjour nous n’avions vécu que de figues de barbarie et de moules.
Nous sommes arrivés dans un festival de création vidéo pour y passer les rushs que nous avions tournés et que nous découvrions en même temps que le public, encore dans nos vêtements couverts de poussière et exhalant une forte odeur de charogne.
Comment envisagez-vous votre travail de résidence à Terrasson ?
Si c’est possible, j’ai en projet de m’installer dans un champs de labour et de fabriquer un habitat avec la terre du labour. Je pense que des igloos pourraient faire l’affaire.
On va arriver le premier jour avec nos sacs de couchage et dormir sur la terre. Le deuxième jour, on aura commencé à moduler les briques et peut-être une petite protection contre le vent. Le troisième jour, on aura peut-être construit un igloo dans lequel on dormira tous les deux. Ensuite on aura chacun le sien, on fera des pièces communes et tout cela en fait sera relié par des couloirs. Après peut-être que l’on fabriquera des murs, des tours, etc… En définitive ce projet consistera à refaire une évolution sociale et foncière en accéleré en Dordogne
Comment allez-vous impliquer la population locale dans vos projets ?
J’aimerais bien par exemple, que les gens du village viennent nous “nourrir”, c’est-àdire qu’on soit un peu leurs “Tamagoshis”. Avec ce travail complètement rustique de terre, on sera dans des problématiques beaucoup plus concrètes. Les gens seront tout naturellement invités à passer, à découvrir l’évolution de notre travail et puis venir prendre un verre avec nous. Ce sera une zone d’échanges.
Quelle est votre formation ?
J’ai fait une école d’art. En quittant les Beaux-Arts, j’ai travaillé dans un service archéologique. La première pièce d’inspiration préhistorique que j’avais faite, c’était au cours d’une exposition au Confort Moderne à Poitiers. J’avais fabriqué un blockhaus qui faisait 24 tonnes environ. Dans ce blockhaus, j’avais installé un campement préhistorique avec des éléments complètement contemporains. Ma nourriture de base était des bonbons, des barres chocolatées… J’avais des haches très colorées, fabriquées à partir de savonnettes. |