Christelle Sionneau et Tu Yen Fong

 
En Dordogne c’est le paysage et la présence constante de l’eau qui ont conduit ce couple d’artistes aux parallèles entre la représentation du paysage et la tradition picturale chinoise. Les réserves archéologiques du sous-sol ont aussi inspiré leurs réflexions, les axes de leurs recherches et même, les techniques qu’ils ont choisies d’utiliser : creuser, gratter, arracher, reconstituer, mettre à plat, rester en plan ...

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« On pourra faire allusion à la façon de travailler du peintre chinois qui peut passer des années à voyager pour admirer les sites célèbres de son pays mais qui élaborera son oeuvre dans le calme de son atelier et, la plupart du temps après avoir longuement mûri dans son esprit ce qu’il avait contemplé. On peut donc appeler paysage la synthèse de ce qu’il a ressenti devant la nature. De cette observation découleront directement deux projets visant à témoigner du caractère changeant, mystérieux et imprévu du paysage.
L’automne dans le printemps,
A l’image du portrait de Dorian Gray où l’image évolue en fonction du temps qui passe, l’image du printemps appelle celle de l’automne. Les arbres perdent leurs feuilles tandis que l’image se vide. Sous la couche feuillue se cache l’automne, c’est bien connu!

Ainsi faire participer l’image au régime du cycle, c’est reconnaître son impuissance à dominer l’élément naturel, à ne pouvoir agir qu’en différé.

 

Au bord de l’eau, Sous influence aquatique : la rivière a monté, à moins de remonter la rivière, question de niveau, d’épaisseur ou de force ?
Roland Barthes évoque le phénomène de l’inondation : “le ruban de la rivière, cette forme élémentaire de toute perception géographique… Passe de la ligne au plan… C’est donc au centre même des réflexes optiques que la vue porte son trouble… L’appropriation de l’espace est suspendue, la perception est étonnée, mais la sensation globale reste douce, paisible, immobile et liante ; le regard est entraîné dans une dilution infinie… ” Dilution ? moyen d’aplanir ? d’en rajouter une couche ou d’en diluer les couches ? C’est en utilisant les capacités de l’encre d’impression et de l’eau qu’émergera de son immersion un paysage…périgourdin ? La présence de l’eau détermine en effet le paysage tout comme elle est un élément récurrent dans la peinture chinoise.

Le rapport au paysage nous a conduit à nous intéresser au sol, aux objets dont les fragments enfouis, fouillés puis reconstitués vont retrouver ou évoquer leur identité première. Chaque fragment est l’indice du tout. L’objet en verre particulièrement fragile se métamorphose en éclats, en poudre. A partir de cette matière disparate et informelle, on est en mesure de se demander comment recoller les morceaux. Le verre devient lui-même une sorte de liquide qui se répand au sol, qui s’est aplati, un contenant confondu avec son contenu. »
Extraits d’après « Mise à plat » de Christelle Sionneau et Tu Yen-Fong












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