« Revisitez la châtaigne » : l’argument de départ, livré tel quel, aurait paru bien mince aux élèves tant le lien avec le design – ou ce qu’ils pensent être du design- n’est pas explicite.
En quoi une châtaigne, produit de subsistance rural, rustique et traditionnel, pourrait-elle nouer un quelconque lien avec le design, démarche créative contemporaine par excellence, à la technologie parfois innovante?
Les réponses à cette interrogation légitime se sont imposées rapidement aux élèves dès l’analyse critique du travail de Godefroy de Virieu : le design, c’est aussi revisiter des us et coutumes, des gestes fondamentaux mais invisibles tant ils sont simples, reconsidérer une approche entre l’homme et les choses pour générer le plus simplement possible un objet qui nous rend service, nous « aide à mieux »…ranger des bouteilles, parfumer l’atmosphère, réfléchir en travaillant (pour le crayon réglisse)…
Découvrir l’évidente pertinence d’une autre définition du design, loin des lieux communs sur ce qu’il est ou devrait être, a été pour les élèves le moyen de comprendre que cette démarche créative, reposant sur la modestie et la simplicité, leur était accessible, mieux, les séduisait, les interpellait. Convaincus que « ça , c’est du design », la châtaigne est considérée alors sous un nouveau jour : celui des potentialités créatives.
Alors, commence le moment où Godefroy de Virieu entame avec eux une discussion sur le statut, l’histoire, l’existence gastronomique et sociale de la châtaigne. Tout en esquissant des pistes de recherches très différentes, le designer propose de travailler autour de trois axes que nous avions définis ensemble :
- déguster
- récolter une ou plusieurs châtaignes
- offrir
Tout s’accélère alors : les élèves se regroupent en fonction de leur proximité de questionnement et se mettent à chercher, expérimenter à manipuler la châtaigne de toutes les manières possibles. |
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Très vite formes et principes apparaissent sur les tables. Godefroy de Virieu et nous, circulons de manière informelle de table en table pour aider les élèves à préciser leurs intentions, réfléchir à d’autres principes pour résoudre un même problème, ajuster une proportion ou remettre en cause l’emploi d’un matériau…Les recherches sont fréquemment mises en commun pour que chacun y puise de nouvelles pistes. De nombreuses projections vidéo commentées des expériences et expérimentations participeront à une immersion et une émulation très fructueuses, tout au long de l’atelier.
Puis arrive la fin du « workshop » : le bilan est extrêmement positif. Stimulés par les échanges fluides, constructifs et chaleureux avec le designer professionnel, les élèves se sont investis de manière totale en proposant des hypothèses ou des objets véritablement viables, d’une grande variété formelle et fonctionnelle, à l’existence plastique souvent interpellante.
Nous n’avons qu’une seule question : à quand le prochain workshop ?
L’équipe pédagogique des arts appliqués
Hélène TEMPLON
Emma ATTIAS
Céline DARRIGRAND
Sandrine LIBE
L’ensemble de ce travail a fait l’objet d’une présentation en février dernier au Lycée Albert Claveille de Périgueux où l’on pouvait découvrir une collection d’objets aussi esthétiques qu’utiles.
Godefroy de Virieu présentera quant à lui les résultats de son travail sur le châtaigner dans le cadre de sa résidence en Périgord vert à la rentrée prochaine.
Godefroy de Virieu, jeune designer, est accueilli depuis octobre dernier dans le cadre des « Résidences de l’Art en Dordogne » par le Pôle Expérimental Métiers d’Art de Nontron.
Dans un but d’échange et de collaboration entre l’artiste et les professionnels métiers d’art, cette résidence est axée sur un projet commun qui a pour thématique le châtaigner. |