Les jeunes en Périgord Vert.



3. LES REPRESENTATIONS DES JEUNES
3.1 La ruralité : un obstacle
Pour un premier groupe, leur lieu de vie est un piège. Ils ne voient pas de perspectives et n’envisagent même pas la possibilité de partir. C’est un lieu duquel les jeunes ne peuvent pas se sortir (c’est-à-dire partir) ni s’en sortir (c’est-à-dire y trouver une place valorisante). Ils ne voient pas de perspectives qui leur permettraient d’aller se former ou trouver du travail ailleurs, comme si le fait de venir de la campagne les empêchait d’avoir une place ailleurs (Périgueux, Limoges, Brive, Bordeaux…). Ils ne trouvent pas non plus de ressources et de moyens pour s’épanouir sur place. C’est un piège car les jeunes s’y sentent enfermé et qu’il n’y a « rien », le mot utilisé pour caractériser leur lieu de vie. Ils utilisent fréquemment de petites phrases assassines telles que : « Parler d’ici ! Ça va aller vite, y a rien ! », ou « au moins c’est calme », pour évoquer leur lieu de vie et pour exprimer les quelques bon côtés qu’ils y trouvent. Les discours renvoient au rural en crise, qui ne s’est jamais modernisé. C’est cette perception très péjorative et résignée qui fait que certains jeunes critiquent leur lieu de vie, se dévaluent eux-mêmes et ne se sentent pas capable de faire quoi que ce soit, comme si la réussite, ce n’était pas pour eux.
3.2 La ruralité : une protection
Pour un second groupe, l’isolement lié au lieu de vie est considéré comme un rempart contre les problèmes et un gage de qualité de vie. Le discours que ces jeunes adoptent utilise les critiques et les observations générales négatives de la vie en ville. Qu’elle soit connue pour certains, grâce aux études (internat, fac…) ou stages (formations professionnelles), par leurs grand frère ou grande sœur, ou pas, la ville est un lieu de tourment. En regard, l’isolement lié au lieu de vie est une protection et une garantie pour une bonne qualité de vie. Même si ces jeunes reconnaissent qu’il n’est pas facile d’y vivre, il est à leurs yeux aisé de s’accommoder de ces petites difficultés (déplacements difficiles, école, animation…). C’est une représentation de la ruralité qui est basée sur le rejet de la ville. C’est un renversement de valeur qui s’opère de façon assez militante entre la ville et la campagne. Le but n’est pas de rendre ces campagnes plus attractives pour faire venir du monde, mais ils veulent exprimer leur désaccord avec l’idée que la campagne serait toujours moins bien que la ville. Plus précisément, ces jeunes tentent de valoriser leur lieu de vie pour positiver leur situation quotidienne et font souvent l’inventaire de tout ce qu’il y a : les services, « la fête », « on connaît du monde », « tranquillité ». Leur vision du lieu de vie est très retreinte, quelques villages, et les activités du territoire aussi. Il est certain que ces jeunes sont très attachés à leur lieu de vie et ceci est leur unique ambition. C’est aussi dans leur envie de rester que se trouve leur unique action, « engagement » pour le territoire, pour le reste, il semble que l’on ne peut pas trop en attendre plus. Cela peut expliquer leur passivité au niveau de la vie locale.
3.3 La ruralité : « l’espace des possibles »
Pour un troisième groupe de jeunes, la ruralité est un « espace des possible », elle représente un potentiel pour le présent et l’avenir. Les jeunes savent qu’ils retirent une richesse de ce lieu de vie. Il leur donne une particularité en terme d’identité, ils en sont « fiers » car ce n’est pas un lieu quelconque et ils se trouvent privilégiés (exemple des classe de lycées où il ne sont que 20 élèves). Les jeunes témoignent de leur attachement à ce lieu de vie à travers leur discours. Ils expliquent que tout n’est pas facile, où il est « obligé de devenir autonome » vite, et où tout n’est pas disponible, en particulier pour trouver du travail, mais que leur départ, souvent limité dans le temps, n’est pas synonyme de désaffection ou de rupture. Certains peuvent même se comporter comme des « ambassadeurs ». C’est un espace que l’on peut faire sien, que l’on peut animer ou faire vivre à son échelle, par le biais d’associations par exemple. Le lieu de vie n’est jamais caractérisé par le vide mais plutôt comme un espace où il faut se positionner « si on a envie de se bouger, ça passe ! ». Ils existe d’autres acteurs qui veulent s’établir et mais il est possible de créer, inventer sa vie. C’est un espace de projet.
3.4 Figures à explorer
Deux figures émergentes.
Un très petit groupe rejette ce lieu de vie. Il ne faut pas confondre les jeunes qui se plaignent et qui se sentent piégés avec quelques jeunes qui rejettent leur lieu de vie en exprimant leur indifférence à l’égard de la vie locale. Mon impression est que c’est la société dans son ensemble qui est refusée : « On n’est jamais comme il faut, ça va jamais! ». Il semble que leur perception ne leur permet pas d’avoir une place car le lieu de vie renvoie à un territoire qui est convenable pour les personnes âgées et les touristes, mais ne convient pas aux jeunes.
Certains jeunes expriment de l’indifférence à l’égard de leur lieu de vie. Ce sont surtout les adolescents. Souvent revient cette réponse « je sais pas » aux questions concernant la campagne et leur lieu de vie. Cela signifie surtout que leur représentation est encore en élaboration, et dominée par les discours des autres, des touristes, de ceux qui connaissent mal les campagnes car ils n’y vivent pas mais qui le visitent de temps à autre et pour qui le rural est un espace de loisir et de détente. Cette partie des jeunes fait la vérification au jour le jour que ces discours sont vrais, mais dans le cas où leur expérience personnelle s’éloigne de plus en plus de cette image, ils risquent de rejeter leur lieu de vie et de vouloir en partir.



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