Pour
définir Isidore Krapo, les
mots manquent. Ou plutôt ils
sont si nombreux que l’artiste
lui-même prend les devants en
proposant quelques définitions,
sorte d’inventaire à
la Prévert non exhaustif mais
qui met heureusement sur la voie:
"Epicier d’art, chef coloriste,
peintre sculpteur". On pourrait
ajouter collectionneur d’objets
oubliés et auteur de calembours,
qu’ils soient écrits,
visuels ou poétiques. Pour
ce faire, un immense atelier où
peut se déployer à loisir
cette "joyeuse hybriditê",
expression revenant souvent à
son propos sous La plume des observateurs,
gagnés par la gaieté
communicative de cet artiste inclassable.
L’oeuvre d'Isidore Krapo est
en effet foisonnante, souvent drôle,
et fondée sur la rencontre,
l'ouverture et l’échange
avec les autres. L'atelier n’est
pas seulement le lieu où il
peut travailler, entreposer, engranger
il l’ouvre régulièrement
au public et y présente d’autres
artistes découverts et aimes.
Isidore Krapo veut être un artiste
utile à la cité et aux
autres et tout lui est bon pour ne
pas enfermer l’art dans un ghetto.
“Communiquer dans une société
bruyante, agitée, avec une
oeuvre silencieuse et statique, C’est
mon défi" explique-t-il.
"Ces arts du silence", que
sont pour lui la peinture, la sculpture,
a manipulation d’objets, l'écriture,
sont bien sûr la matérialisation
de son oeuvre artistique, mais une
oeuvre coloriée, qui se veut
bavarde et gaie, à l'affût
de complices”. C’est sans
doute ce rôle de passeur qui
le place souvent au coeur de projets
artistiques pédagogiques, comme
ce fut le cas récemment en
Gironde, dans le cadre de “L’Enfance
de l’art’, sur le thème
de la collection qu'occupe en effet
une place de choix dans son oeuvre.
Déjà en 1992, l’artiste,
invité au Symposium d’Arts
Plastiques de Périgueux, avait
exposé au milieu des étals
du marché quelques articies
provenant de son “épicerie
d’art” qu'il n’a
pas cessé depuis d’enrichir.
il y propose entre autres mets ses
"confitures de l'esprit".
En enfermant ainsi dans des bocaux
quelques "traces archéologiques
de notre siècle, il n’avoue
pas seulement de façon indirecte
son intérêt pour l’art
préhistorique (on ne naît
pas impunément en Dordogne...).
Il réhabilite, redonne vie
et poésie à des objets
hétéroclites de notre
quotidien et leur confère une
valeur de témoignage pour le
futur. Maintenant installée
sur la mezzanine de son atelier, l'épicerie
d’art d'Isidore Krapo reste
itinérante et voyage toujours
avec le même succés lors
d’expositions en Afrique, en
Lituanie ou en Allemagne.
Mais l'épécier Krapo
est tout autant peintre, dessinateur,
sculpteur (très inspiré
par l’art roman) et “chef
coloriste, titre qu’il n’a
pas usurpé puisque la couleur
est au centre de son travail. Il la
recherche dans sa peinture, mais aussi
dans les objets, les matériaux,
il en use sans parcimonie dans ses
toiles souvent foisonnantes de personnages,
de motifs, où le rêve
se mêle à la réalité
autour de thèmes omniprésents
tels que l'enfance, l’érotisme
et plus largement le plaisir. Si Isidore
Krapo avoue une multitude d’inspirations
"histoire de l’art n’a
pas de secret pour lui — c’est
qu’il a su y trouver des enseignements
qui "aident à épanouir
sa nature d’artiste." Du
surréalisme au pop art, du
Land art au support surface, ainsi
que des minimalistes, je me suis inspiré.
Mais l'art préhistorique art
roman... les fauvistes... et les expressionnistes
tels que Emile Nolde m’inspirent
aussi énormément. On
ne peut s’empêcher en
effet de songer à l'héritage
de Matisse dans nombre d’oeuvres
de Krapo, où les couleurs ont
une place de choix dans la construction
même de l'espace pictural, en
suggérant des univers exubérants
et généreux. L’oeuvre
d’Isidore Krapo est donc cet
êtonnant mélange, où
cohabitent le passé (l‘héritage
familial et culturel), l’histoire,
la géographie, les voyages,
le quotidien des gens, l'importance
de la famille. “Mon travail
s’oriente d’ouest en est
et du nord au sud, va au gré
des événements. Ma démarche,
résume-t-il, c’est un
comportement avant d'être une
production".