A
l’issue de ses études à
l'ENSAAMA de Paris, Claire Cour est
céramiste. Elle ne le reste pas
et revient au papier, au dessin, à
l’encre. Sa formation lui ayant
permis de découvrir la calligraphie
chinoise, elle se passionne pour toutes
les formes d’écriture,
en cherche les mythes fondateurs et
les supports, de l’os au papier
en passant par la pierre, la terre,
le métal. Dés lors, son
travail s’imprègne et s’enrichit
d’autres cultures, qui se nourrissent
de la matière, ou jouent sur
le plein et le vide, comme les cultures
orientales. C’est ce “terreau’,
cet “humus” qui nourrissent
en permanence l’artiste et se
création.
Très vite, les oeuvres de Claire
Cour vont mettre en présence
des matières qui, selon l’expression
de l’artiste, "ne sont pas
faites pour s’entendre".
Elle confronte le papier et la tôlé,
qui l’intéressent par leur
matière même, leurs couleurs,
leurs vibrations, leur toucher. Claire
Cour est entrée dans la monde
des correspondances, elle cherche au-delà
des apparences, des incompatibilités,
elle superpose papiers, métal,
enduits, toiles... Ses créations,
comme autant de palimpsestes, font affleurer
des écritures presque effacées,
des calligraphies à la plume
ou au pinceau sur des bandes de tissus
teintées, où peuvent se
superposer des estampages, où
se combinent et se répondent
les matières au gré des
transparences. La surface est encore
plane, même si le travail sur
les couches, les strates est omniprésent.
Les oeuvres ont en général
de grands formats et captivent par leur
délicatesse pourtant chargée
de sens. On devine des univers presque
embusqués, qui se répondent
et dialoguent entre eux. Peu à
peu, la surface plane, la vision unique
ne semblent plus suffire à l’artiste
; elle imagina alors des paravents bifaces,
des triptyques, des livres-objets, puis
des tableaux à ouvertures multiples.
L’oeuvre se démultiplie,
joue sur les volumes, les profondeurs;
des portes, des fenêtres, des
ouvertures apparaissent. Entre temps,
Claire Cour et son mari, Dominique,
ont rencontré le poète
François Dodas, grâce à
l’amitié du journaliste
et critique d’art André
Séverac, qui perçoit aussitôt
les correspondances, les résonances
qui semblent unir le poète et
les deux artistes. De François
Dodat né en 1908, Pierre Seghers
disait: “il saisit au piège
les reflets, capte l’insolite
ou le quotidien et s’amuse an
sourcier, dirait-on, à faire
jaillir de singuliers geysers”.
Il excelle dans une poésie libre,
proche souvent de l'Aiku japonais. Claire
Cour a trouvé son double littéraire,
et Dodat qui lui fait don de ses poèmes
le sait bien avant elle. Plusieurs années
lui seront nécessaires pour s’emparer
de cas poèmes faits de mots tout
simples qui renferment tant de mystères,
et les associer à la création.
François Dodat est un "fouisseur"
comme Claire Cour, jouant sur les mots,
leurs associations, leur double sens
pour donner à voir la monde autrement
et le passer au tamis d’une vision
poétique, symbolique et souvent
drôle des êtres et des choses.
Dés lors, chaque tableau à
ouvertures multiples témoigne
d’une aventure intérieure
qui devient ensuite la notre. Nos sens,
notre curiosité sont mis en éveil
et l’oeuvre au fur et à
mesure qu’elle se révèle,
se déploie, fait agir un réseau
de correspondances dans l’instant
même de notre propre découverte,
réactivant toutes les étapes
de la création, les rendant compatibles,
lisibles. Claire Cour en jouant avec
les contrastes, les oppositions, cherche
autant à émouvoir qu’a
réactiver notre âme d’enfant,
ouvrant les fenêtres sur des univers
merveilleux, insoupçonnés,
où la poésie de François
Dodat libère et exprime toutes
ses vertus. Cette osmose, c’est
Pierre Seghers qui la confirme lorsqu’il
parle du poète en usant d’une
métaphore qui s’applique
tout autant à la démarche
artistique de Claire Cour : “Il
ouvre, avec la plus minutieuse approche,
les portes d’un autre domaine,
le parc des correspondances et des enchantements”. |