Graveur, peintre,
illustrateur, sculpteur, céramiste,
Maurice Albe a consacré sa
vie et les multiples facettes de son
talent à sa terre, le Périgord
Noir, dont il a porté haut
et loin les couleurs. Ses premiers
souvenirs sont liés à
cette terre, ses premières
émotions à la lecture
d'Eugène Le Roy, qu’il
aura la chance de rencontrer en 1907,
peu avant le décès de
l’écrivain. Grâce
à son oncle, le chanoine Edmond
Albe, Maurice Albe découvre
les grottes des Eyzies; le voilà
déjà sensible à
l’art des premiers hommes. Contraint
d’entrer très jeune dans
la vie active, Maurice Albe a déjà
commencé à crayonner
et réalise dès 1917
ses premières toiles. A 22
ans, il est sûr de sa vocation
d’artiste. Accepté à
l’école ABC de dessin,
le voici à Paris, en plein
des coeur des années folles.
Il côtoie Picasso, Braque, Lurçat,
Gris et fréquente l’atelier
André Lhote, qui développe
dans ses oeuvres sa vision d'un "cubisme
sensible" auquel l’oeuvre
picturale de Maurice Alhe se réfère,
comme il l’expliquera plus tard:
"Je ne voyais pas l'illustration
comme on la concevait à l’époque.
Je n aimais pas trop le réalisme,
je traduisais des climats." Tout
en continuant son apprentissage de
la peinture et du dessin, Maurice
Alhe découvre alors la gravure,
qu’il pratiquera toute sa vie.
Très
vite, Maurice Alhe se fait connaître
par ses dessins qui paraissent dans
plusieurs revues, puis par ses tableaux.
Ses oeuvres sont autant d'hommages
à sa terre natale dont il donne
à voir paysages, architectures
et scènes de la vie quotidienne.
De retour à Sarlat en 1927,
il devient, avec la publication de
ses trois premiers bois gravés,
l'imagier numéro un du Périgord;
en mème temps qu'une des grandes
figures du milieu artistique et littéraire
régional. A une époque
où la gravure est on vogue
et est considérée comme
le support idéal des scènes
et des sujets de "terroir",
Maurice Albe en devient bientôt
l'un des maîtres incontestés,
illustrant pour la première
fois une oeuvre d'Eugène Le
Roy, l’année rustique
en Périgord. L’osmose
est si grande entre l’écrivain
et l’artiste qu’elle lui
apporte la consécration.
Dés lors, la gravure est et
demeurera au centre de toute son oeuvre.
Les critiques saluent "l’énergie
du trait fortement marqué",
le contraste des blancs et des noirs,
la précision des lignes, tantôt
souples, tantôt raides, qui
soulignent et traduisent si bien "l'ossature
des paysages" du Pèrigord.
Mais l'artiste croque aussi au fil
de ses promenades personnages, scènes,
silhouettes. Exposant avec succès
à Périgueux, Bordeaux,
Paris, Maurice Albe, tout en continuant
sa carrière d'illustrateur,
aborde la sculpture et travaille dans
la décoration. En 1930, il
publie une des ses oeuvres maîtresses,
Images du Périgord Noir,
qui réunit dix-huit bois gravés,
dédiés à la mémoire
d'Eugène Le Roy. Au cours de
son nouveau séjour à
Paris de 1931 à 1939, il organise
sa première exposition personnelle
en 1932, sous le titre "Images
du Périgord", où
il présente peintures, dessins,
croquis et xylographies. Viennent
ensuite d'autres rencontres marquantes
avec Georges Rocal qui lui réclame
une série de bois gravés
pour Les Croquants du Périgord,
puis, après son retour définitif
en Périgord en 1945, avec le
conteur Jean-Louis Galet et l'imprimeur-éditeur
Pierre Fanlac qui lui confie, entre
autres, l’illustration de la
trilogie des oeuvres maîtresses
d'Eugène Le Roy. Participant
à de nombreuses manifestations
artistiques, très engagé
dans la vie associative, Maurice Albe
ne cessera jamais d’élargir
l’éventail de ses techniques,
s'intéressant également
à la terre cuite et à
la céramique. Mais il n’aura
de cesse de transmettre son art, en
enseignant dans plusieurs établissements
scolaires de la Dordogne, et marquera
pour longtemps l’histoire de
l'Ecole Municipale de Dessin et des
Arts Décoratifs de Périgueux
qu'il dirigera pendant plus de quarante
ans. La grande rétrospective
qui lui a été consacrée
en 1996 à Périgueux,
à travers quatre expositions,
donne toute la mesure d’une
oeuvre ancrée dans la terre
du Périgord Noir et devenue
maintenant intemporelle par le talent
de celui qui a su si bien l’exalter.